Fluctuat Nec Mergitur

Un anniversaire, une soirée entre copines, un pot de départ. Cette soirée s’annonçait plus que potentiellement géniale. Dîner chez mon amie Camille dans le 16ème, coquillettes au jambon, bouteille de Pinot Noir de Sancerre, le top. Debriefs des semaines que nous avions passées sans nous voir. On se prépare et hop! On saute dans le métro direction Oberkampf. Pendant tout le trajet on rigole, on raconte des bêtises et on se chambre.

 

22h00, nous sortons du métro. La joie nous transportait à l’extérieur à la simple pensée de la super soirée que nous avions commencée et qui devait se poursuivre ainsi. On monte les escaliers déterminées et euphoriques, quand, en haut des escaliers, les gens n’avancent plus, nous forçons le passage car nous ne voulions pas être plus en retard que nous ne l’étions déjà et on entend « ne restez pas là, il y a eu une fusillade, il y a des tireurs embusqués dans le coin, allez vous planquer! ». Nous nous retournons et voyons 5 policiers affolés, boostés par l’adrénaline, faire signe aux gens de partir et ce, le plus vite qu’ils le peuvent. Eberluées, Camille et moi nous regardons, choquées. Je lui dis « avance, on y est presque c’est au bout de la rue de Crussol et que c’était surement un règlement de compte ». Nous nous enquérons de rejoindre notre point de rendez-vous au plus vite. En regardant en direction des policiers, nous nous sommes aperçues qu’une femme était assise contre les grilles du métro, livide, traumatisée, tremblante, couverte de sang, blessée par balle à plusieurs endroits.

Ayant sous nos yeux une scène de film, nous avançons vers le bar Le Mammouth au 116 rue Amelot où nous devions rejoindre mon cousin et ses amis pour son anniversaire. Arrivés devant, nous nous rendons compte que tout le monde est en état d’alerte. Les agents de sécurité ne veulent laisser rentrer ni sortir personne. Expliquant que nous rejoignions mon cousin, ils nous laissent passer. Une fois arrivées dans la cave du bar où se déroulait la fête, nous retrouvons quelque peu notre esprit fêtard, commençons à boire et à nous amuser sans oublier ce que nous avions vu en arrivant. Je rassure Camille tant que je peux car je la voyais quand même très affectée. Une demi-heure passe et la panique envahi peu à peu le bar. On ne parle que de ça. Au stade de France, au Bataclan, rue de Charonne, des actes terroristes. Les gens paniquent, pleurent, s’effondrent, passent mille coups de téléphones à leurs proches pour les rassurer ou pour leur faire part de leurs craintes.

00h00, les rues sont vides, les forces de police partout, les métros sont arrêtés, les portes de Paris fermées. On apprend que c’est aussi les cas des frontières, les avions ne décollent et n’atterrissent plus sur le sol français. Nous apprenons que tout le monde doit rester dans le bar jusqu’à nouvel ordre en attendant que tout le quartier soit sécurisé et que les fusillades cessent. Chaque demi-heure, le bilan des victimes était de plus en plus conséquent et le sentiment d’impuissance gagne la majorité des personnes présentes au Mammouth. Après être montée dans la partie supérieure du bar pour à mon tour rassurer mes amis et ma famille que j’étais en sécurité, j’ai décidé de ne pas me laisser abattre et de redescendre à la cave pour me distraire autant que possible.

01h00, mouvement de panique, des gens courent dans la rue et provoquent la terreur des gens dans le bar, tous les gens qui étaient en haut se jettent à terre et ceux qui étaient suffisamment près de l’escalier s’y engouffrent à une vitesse dépassant l’entendement. C’est alors que je vois ma cousine parmi eux, descendre le plus vite qu’elle peut, le regard apeuré. Elle tombe dans mes bras, tremblante et pleurant à chaudes larmes. Son frère, mon cousin et son amoureux étaient restés là-haut, elle est inquiète, terrorisée. On attend, 5 minutes, 10 minutes, les voilà enfin qui descendent. Nous sommes rassurées. Mon cousin et moi décidons de boire un énième verre et de mettre « Watch me » de Silentò pour danser et essayer de dérider les gens. Ça marche. Quelques personnes nous suivent et nous remercie de véhiculer cette bonne humeur malgré ce qui se passe et l’ambiance apocalyptique omniprésente.

01h30, une heure de départ est annoncée, tout le monde serait autorisé à quitter le bar qu’aux alentours de midi et demi le lendemain… Désolation générale. Les gens sont dépités. Ils commencent à s’énerver, je fais de mon mieux pour amuser le peu de monde encore attentifs à mes bêtises. Je chante des chansons paillardes, je raconte des blagues salaces, je fais des grimaces, je ris nerveusement. Je ne suis pas sereine et pourtant je montre le contraire. Mon état d’esprit: sauver les meubles. Éviter que seule la peur s’empare des gens avec qui j’étais.

02h00, j’appelle mon papa pour avoir des nouvelles de ce qui se passe à l’extérieur, il me dit que les forces de police déployées sont considérables, même l’armée est présente. « Nous sommes en état de guerre » m’a t-il dit. Je ne réagis toujours pas. Pas de pleurs, pas de cris, pas d’angoisse mais de la sérénité. « Je te l’avais bien dit que ça pèterait un jour » (trois jours auparavant je disais à mon papa que vu ce qui se passait dans le monde ça n’allait pas tarder à nous arriver). Je crois que dès que j’ai vu cette femme, à terre, mon cerveau s’est comme mis sur « off », tout ce que je voulais faire c’était de protéger, de rassurer et de relativiser. « Je le savais ». Inconsciemment j’étais préparée à cet épisode monstrueux, j’étais préparée à tout ce qui pouvait arriver.

02h30, le quartier est bouclé, les kamikazes du bataclan ne sont toujours pas maîtrisés mais mes cousins, Camille et moi n’en pouvons plus. Dehors les forces de Police autorisent les gens qui habitent dans le coin de rentrer chez eux dans le calme pour éviter de créer un mouvement de foule. Ils habitent à deux pas. Nous prenons donc notre courage à deux mains et sortons du bar. 218 mètres à parcourir. C’est parti, on se lance. Nos cœurs battent tant qu’ils peuvent, 3 minutes de marche dans l’angoisse la plus totale. En passant devant des agents de Police, nous les remercions. On arrive rue de Saintonge. Ça y est, on est en sécurité.

 

Je ne saurai comment décrire tous les sentiments qui m’ont traversé pendant cette soirée c’est pourquoi que je vais seulement les énoncer: Joie, impatience, désolation, peur, sérénité, incompréhension, compassion, assurance, mortification, frayeur et j’en passe.

Voilà comment une soirée qui promettait d’être fantastique a viré au cauchemar. J’adresse mes plus sincères condoléances aux familles des victimes.

Nous devons cependant aller de l’avant car même si la mort était le maître mot de cette soirée du vendredi 13 novembre 2015, la vie continue. Pleurons nos victimes mais prônons la joie.

 

Joséphine toujours aussi amoureuse du Barathon.

 

 

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